TRACES
Par Bruno Leloup, professeur agrégé d’arts plastiques

On pense d’abord aux paroles de l’Ecclésiaste qui auront posé, depuis le XVIIe siècle, comme acquise l’idée qu’une image de crâne est une «  vanité  ». Bien sûr, le travail de Serge Delaune évoque ce genre artistique, mais ne s’y réduit pas. Les pistes à suivre sont beaucoup plus nombreuses.

L’interrelation des matériaux utilisés, tous chargés de leur fonction originelle, est toujours signifiante. Elle est dialectique, qui fait se rencontrer mat et brillant, lisse et rugueux, opaque et translucide, sec et céreux, neuf et usagé. L’origine de ces matériaux, lorsqu’elle est comprise, vient nourrir le propos : le jeu entre les éléments constitutifs de l'œuvre. Réflexion sur le cadre et le cadrage, sur la charge des images du corps et sur la dimension poétique qui en résulte, réflexion sur le travail en perpétuel devenir, relation au temps, sur le caché et le révélé, ce travail nous pousse à une pensée plus profonde, confrontant, heurtant les éléments installés.

Ce paravent, qui révèle le corps qu’il est censé dissimuler, n’est-il pas porteur de trouble et n’interroge-t-il pas la forme même de l'œuvre  ? Ses panneaux, arrachés et montrant des stigmates, ne sont-ils pas occultés à la cire, tellement signifiante? Et l’armée des âmes, innombrables, ne nous semble-t-elle pas soumise à de subtils réglages d’accords presque musicaux ?

L’intérieur du corps, ce qui est vécu et secret à la fois, devient ici le symbole du mystère de la vie, de l’évanescence d’une âme éventuelle, mise en évidence de chacun d’entre nous. Chaque objet, chaque élément constitutif se doit d’être observé, analysé, pour, au final, nous faire pointer dans l'œuvre ce qui nous construit : la mémoire.


retour