SACRE | PROFANE

Par Emmanuel Pons, écrivain et plasticien

Un cadavre qui n’a rien d’exquis, mais qui brille. On devine, cependant, qu’il fut alerte, vif et rapide. Ce qui brille, ce ne sont pas seulement ses éléments articulés, mais l’absence de certains éléments essentiels au feu fonctionnement de l’ensemble. Les stigmates d’une vie agitée sont encore ancrés dans sa peau dure et froide. Noyés sous la peinture chromée, ils s’affichent à jamais comme la preuve d’un passé révolu. Abîmé, cassé même, totalement inutile, nuisible à l’écologie de la planète dans son état antérieur, ce deux-roues aux pneus égarés, cette moto qui ne ratatouillait plus depuis longtemps, ce déplaçoir qui dut réveiller les bonnes âmes matinales, bref ce tas de tôle bon pour la ferraille est devenu un objet de sacralisation. Passé entre les mains de Serge Delaune, il revient dans le cycle de la marchandisation.


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