INTERRELATIONS
Par Bruno Leloup, professeur agrégé d’arts plastiques


Le travail de Serge Delaune ne peut se comprendre superficiellement. Bien sûr, les pièces proposées (assemblages, installations…) évoquent immédiatement à l’amateur une forme opératoire de l’œuvre que l’art contemporain a déjà exploré, et des démarches aussi singulières que celles de J. Beuys, de J. Kounellis, de M. Merz, de J.Fabre, par exemple, auront étudié les subtiles interrelations entre l’objet trouvé, sa forme, son histoire, sa puissance émotionnelle et ce que l’artiste en a fait.

Les pistes, chez Serge Delaune, sont très nombreuses. Attachonsnous à suivre particulièrement deux d’entre elles : la transparence est partout, sous des aspects différents. La cire, translucide et profonde, le cliché radiologique, noir opaque et clair révélateur, les tiges, lances, paravent, chaise, espaces interstitiels. C’est la métaphore de notre difficile vision du monde.

La relation entre la mémoire et le temps est également au centre de ce travail. Leur perception individuelle, dans l’instantanéité comme dans la durée, est ici mise en évidence. Dans une même œuvre, les éléments constitutifs, confrontés et pourtant assemblés, nous amènent à une interrogation critique sur le temps. L’instantané, le « moment donné » cohabitent avec l’usure, la patine. Lorsque, par exemple, une « radio » du corps entier est présentée assise sur une chaise portant les traces de son passé, le temps semble découpé en instant du cliché, durée du repos, histoire de la chaise, avenir médical, présence de l’œuvre.

Serge Delaune nous pousse, par son travail, à une émotion essentielle : le constat de notre existence temporelle.


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