L’ARMÉE DES ÂMES
Par Emmanuel Pons, écrivain et plasticien

Serge Delaune dirige une armée ! Une armée qu’il entretient seul depuis dix ans, et qui grandit chaque jour, au point de compter des centaines d’âmes ! Si l’on a vu des chefs d’états communistes bardés de diplômes artistiques parmi tous ceux qu’ils s’étaient attribués, il est moins courant qu’un artiste revendique une armée prête à le suivre. Serge Delaune est sans doute le seul commandant d’une Armée des Âmes.

Ces «  Âmes  », longues tiges de bois blanc surplombées d’une radiographie circulaire, enrubannées de ficelle et fichues de clés, s’accumulent dans son atelier. Elles en sortent, parfois, pour défiler dans une galerie ou un lieu institutionnel capable de saisir l’étonnante pureté de cette armée. Mais pourquoi ces tiges qui rappellent les arcs-livres de l’artiste ? Parce qu’une seule d’entre elles est déjà capable de synthétiser ce qui tient à cœur Serge Delaune : le besoin de transparence, l’envie d’apporter le plus grand soin au don qu’est chaque vie et d’accepter la mort comme la porte d’un cercle infini. La radiographie évoque tout cela en mettant en avant des os transparents dont on ignore s’ils sont encore «  vivants  ». La peinture blanche du bois, parce que volontairement «  non léchée  » retranscrit notre imperfection, proche d’une perfection inaccessible. Elle symbolise l’union jamais parfaite, le Divin qu’on égratigne. Les bouts de ficelle en lin sont autant de liens doux et fragiles, d’attaches éphémères et flottantes. Les « clés », enfin, semblables à celles d’un violon ou d’une guitare, permettent le réglage émotionnel qu’on ne sait pas faire sur notre propre âme et de faire vibrer ces âmes à la bonne fréquence, la plus élevée qui soit.

Ainsi gréée, cette armée est prête au combat spirituel. Nul doute qu’elle s’élèvera rapidement, emmenant l’artiste avec elle... plutôt que de le suivre.


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